SOPHIE MAEGERLIN : L’art d’accommoder les restes — @sophie.maegerlin

Image du sieur Nicolas Boileau provenant de Bing

Chronique du reconfinement 1

par Sophie Maegerlin | 01 11 2020

On me demande une «Saison II» des Chroniques du Confinement…

Je m’en voudrais de décevoir les amateurs de séries, cependant, j’ai bien peur que l’inspiration me fasse défaut. Le goût du confinement n’est plus ce qu’il était. Tout ça sent le réchauffé et le déclin des températures n’y change rien. Il y a comme un sentiment de déjà vu, de déjà dit, de déjà digéré, bref, une grande lassitude moutonesque et gluante, comme un pouding décoloré oublié sur une étagère.

C’est étonnant et un peu désespérant de constater combien on s’habitue, combien on est prêt à courber l’échine et combien le fait d’avoir déjà fait une expérience nous conditionne à la répétition. Comment répondre de façon inédite à une situation qui ne l’est pas, comment garder sa spontanéité devant ce que nous connaissons et ne pas répondre avec la mémoire du passé?

C’est une question que tous ceux qui s’installent dans une pratique ou dans une relation finissent par se poser. Comment garder la fraîcheur de la nouveauté, pourquoi plonger sa cruche à la source quand la bouteille d’eau est à portée de main sur la table? Comment demeurer créatif, lorsqu’on enchaîne les mêmes mouvements, jour après jour, lorsqu’on se réveille à côté de la même personne, année après année?

Le sieur Nicolas Boileau, né un premier novembre 1636, disait avec sagesse: «Hâtez-vous lentement; et, sans perdre courage, vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage.» Malheureusement ce théoricien de la poésie ne brillait pas par son inspiration mais par son acharnement au travail bien fait, ce qui, vous l’admettrez, ne fait pas la meilleure poésie. C’était un obsédé de la métrique, un comptable du vers. Il fuyait les folles envolées dans lesquelles on laisse des plumes et l’on s’écorche les genoux en retombant sur la terre ferme.

«Remettez votre l’ouvrage», c’est un peu comme réchauffer des spaghettis, ça manque cruellement «d’al dente», de mordant, de piment, de surprise et d’audace, ça manque tout simplement de passion. Alors, oui, on peut vivre en portant un masque, en restant chez soi, en étant docile et en ne perdant pas courage. Mais, il y a ce «Hâtez-vous lentement», qui sent l’embrouille à mille lieues, et dont les injonctions actuelles sonnent comme un écho: je te dis tout et son contraire et je te ligote sur la broche comme un gigot de mouton.

J’ai comme une impression de redite, l’impression de mâcher la même vieille salade, celle du mois de mars. Le plat qu’on nous ressert me semble quelque peu avarié et aussi peu varié, confit dans sa propre décomposition. Comme retrouver la fougue des débuts? L’élan pur, le frisson? L’indignation courageuse?

Le Sieur Nicolas Boileau, qui sans cesse, sur le métier remettait son ouvrage, disait aussi très pertinemment: «Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement et les mots pour le dire arrivent aisément».

Alors, peut-être ne conçois-je plus assez clairement? car les mots restent accrochés au fond de la casserole (ce qui est un grand classique lorsqu’on réchauffe des spaghettis). Tout a un goût de roussi ces derniers temps. Sans aucun doute, accommoder les restes est un art, comme la rhétorique est un moyen de noyer le poisson dans l’eau.

La poésie, c’est partir et nous sommes condamnés à rester, sans poésie aucune, énonçant obscurément ce que nous avons bien du mal à concevoir, et le Sieur Boileau peut bien se resservir, je lui laisse les formules et les restes; et je m’en vais au vent mauvais, qui m’emporte, deçà, delà pareil à la feuille morte…

SOPHIE MAEGERLIN
Sophie Maegerlin 

SOURCE DE CETTE PUBLICATION: @sophie.maegerlin

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